Martin mat le psychopate et son mulot tout mort
Martin Mat le psychopathe avait toujours connu sa maman malade.
Pour elle, la vie s’articulait autour d’une chose : manger des médicaments dans son lit. Le petit Martin ne comprenait pas pourquoi sa maman avait toujours un air étrange ; un air de « junkie » avait-il entendu une fois dans son centre spécialisé. Il n’avait pas compris le sens de la remarque.
Une fois, il avait également entendu chuchoter ses grands-parents dans leur cuisine, lors de vacances d’été, en Normandie.
« Ah ça ! On peut dire que l’apparition du petit Martin a été le début de sa fin à elle. Non, il n’y peut rien d’être le fils d’un enfoiré qui a abandonné notre fille pendant sa grossesse, ni d’être autiste, mais ça fait quand même beaucoup pour notre petite Françoise. Elle ne méritait sûrement pas ça. Tu as vu sa tête ? Elle est effrayante… »
Ce jour-là, toute la culpabilité que pouvait éprouver un petit enfant de son âge, s’était abattue sur ses épaules. Il s’était alors juré de ne plus jamais embêter sa mère. Il s’était terré dans un mutisme absolu que ni les médecins, ni les psychologues, qui le suivaient depuis longtemps, ne purent expliquer. Martin pensait qu’en ne parlant plus, en bougeant le moins possible, sa mère serait plus heureuse.
Ce fut l’inverse qui se produisit. Sa mère de tristesse, d’impuissance et de désarroi, se laissa mourir. Intoxication médicamenteuse.
Martin se retrouva tout seul.
Il avait 13 ans et ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il débarqua donc chez ses grands-parents qui étaient sa seule famille. Mais ils étaient trop vieux et se sentaient anéantis par la mort prématurée de leur fille unique. Martin continua de végéter jusqu’à ses 18 ans, âge où il devint totalement orphelin. Plus aucun membre de sa famille ne vivait encore et aucun institut spécialisé ne lui était vraiment adapté. Et il préférait rester seul. Il ne voulait plus refaire mourir quelqu’un qu’il aimait bien. De plus, il sentait qu’il n’était pas vraiment comme tout le monde.
Ses grands-parents avaient prévu leur disparition par testament. Issu d’une famille aisée, Martin hérita d’un studio mansardé dans l’ancien grenier d’une maison bourgeoise de Bois Colombe et d’une pension de 1000 euros qui tombait sur son compte tous les mois. Un vieil avocat, ancien associé de son grand-père, s’occupait de ces transactions.
Martin ne voyait personne à part ses voisins ; mais il sentait bien que ces derniers le craignaient. Il y était habitué ; il avait toujours provoqué un sentiment entre le malaise et le dégoût chez les autres. Il était trop émotif et n’avait pas l’habitude de parler aux gens. C’est pour cette raison que son univers se résumait aux livres et aux animaux de petites tailles. Les livres, il les trouvait réconfortants. Il ne savait pas lire mais aimait la sensation de ses mains sur les différents papiers, les odeurs, les illustrations parfois ; et puis ses grands-parents passaient souvent leurs soirées à lire dans le salon dont un mur entier était occupé par d’imposants ouvrages.
Il aimait bien aussi acheter des revues avec des photos de filles dessus. Son appartement n’était qu’un tas de ça ; quand il en avait trop marre, il en descendait à la cave et en remontait d’autres. Ce petit rite lui permettait de renouveler son stock d’images. Ce devait être une façon de se rassurer. Quant aux petits animaux, il en possédait quatre. Quatre petits mulots. Il aimait caresser ses rongeurs; leur pelage était si doux et tout chaud et ils étaient gentils avec lui. Il pouvait tout leur faire ; ils ne disaient jamais rien. Cela l’arrangeait car il aimait bien s’occuper d’eux. Martin Mat aimait être seul en leur compagnie; de toute façon, il n’avait pas d’amis. Il appréciait également le calme, le silence. Avant que les propriétaires des trois appartements du dessous ne changent, il était gâté. Il s’agissait de personnes âgées, isolées, qui recevaient peu de familles ou d’amis proches et qui se couchaient très tôt.
Mais depuis trois ans, tous les vieux étaient morts, laissant place à de jeunes couples dynamiques qui, les uns après les autres, avaient donné naissance à d’affreux bébés. Il haïssait ces petits êtres sans défense qui hurlaient à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Les cloisons de la vieille maison étaient si minces que Martin connaissait la vie de chaque couple. Il entendait leurs discussions, leurs disputes, leurs soirées entre amis, leurs ébats sexuels. Il était un peu jaloux mais lui, il avait ses mulots. Et cela lui permettait de vivre sa vie par procuration. Et cette vie virtuelle était bien plus intéressante que celle qu’il aurait espérer vivre! Il aimait bien entendre les petits cris de plaisir de ses voisins lors de leurs ébats ; surtout les petits gémissements féminins. Il n’avait jamais touché le corps d’une femme. Il se demandait souvent ce que ça pourrait lui procurer comme sensation, surtout lorsqu’il croisait ses voisines dans les escaliers étroits et parfois obscurs de la maison. Ces rencontres le troublaient. Mais il savait qu’il ne devait pas les approcher s’il voulait continuer de vivre sa vie tranquillement avec ses mulots. Il se contentait seulement d’avoir refermé la porte de son studio pour se soulager. La masturbation était quelque chose pour lui d’étrange et de libérateur. Aucun membre de sa famille ne s’était donné la peine de lui parler de sexualité, il s’était éveillé seul au vue des effets physiques inexplicables qu’il vivait en croisant les jolies filles. Ses voisines, il les trouvait très belles.
Depuis un mois d’ailleurs, un jeune couple avait emménagé au premier étage. La fille avait de beaux cheveux bruns bouclés qui soulignaient la finesse de ses traits. Martin aimait beaucoup son sourire aussi ; ses dents étaient éclatantes quand elle parlait ou qu’elle rigolait. Son rire était franc et communicateur. Ce même sourire se crispait et devenait plutôt une grimace lorsque cette dernière le croisait et se sentait obligée de le saluer. Toujours la même phrase : « Bonjour Martin. Vous allez bien ? ». Il n’aimait pas la croiser ; ça le mettait mal à l’aise ; il se mettait à transpirer et sentait encore cette drôle de sensation au niveau de son bas ventre. L’ami de cette fille, un brun assez grand devait travailler la journée car il ne le croisait que très rarement. Martin Mat ne sortait jamais le soir, angoissé par l’obscurité de la nuit. Du coup, il la croisait régulièrement seule, les après-midi souvent. Il pensait fréquemment à elle. Cela suffisait à le rendre heureux. C’était sa voisine préférée.
Jusqu’au jour où tout changea.
Le ventre de sa voisine commença de s’arrondir de jour en jour. Il ne connaissait rien au sujet de la grossesse des femmes mais ayant vu ce même phénomène se produire chez ses deux autres voisines, il comprit vite qu’un autre marmot allait pointer le bout de son nez dans quelques semaines. Encore un ? Encore un qui viendrait embêter sa jolie voisine en braillant toutes les nuits et en l’accaparant tous les jours ? Il voyait les autres habitantes de la maison fatiguées ou hurlant après leurs bébés et reprochant à leurs maris de ne pas s’occuper suffisamment de leur enfant.
Il n’avait pas envie qu’elle vive ça. Et pour tout dire, un sentiment inexplicable de jalousie l’envahit. Certes, cette belle jeune femme avait un mari mais apparemment ce dernier travaillait beaucoup. Avant, dans la journée, il était sûr de croiser l’élue de ses pensées seule dans le couloir, rien que pour lui. Mais cette époque serait révolue si un enfant arrivait. Il fallait que cette situation n’ait pas lieue.
Il s’enferma dans son studio plusieurs jours. Il avait besoin de silence pour trouver une solution à son problème. Il était dans un état d’extrême nervosité. Même ses mulots l’énervaient avec leurs petits bruits stupides qu’il trouvait d’habitude rassurants.
Ses volets restèrent mi-clos de longues heures. Il s’aventurait vers la fenêtre seulement s’il distinguait le crissement de la porte du jardin. Il espérait toujours que ce soit elle. Mais parfois c’était les autres voisins et ça, ça l’énervait au plus haut point. Pour se calmer, il faisait des piles de livres, rangées par ordre alphabétique et découpait des lettres d’imprimerie dans ses revues. Il détenait plusieurs cartons remplis de lettres de tailles et de caractères différents. Il n’en faisait rien vu qu’il ne savait pas écrire mais c’était son trésor. Des milliers de formes et de couleurs…Son plaisir de posséder ce trésor avait été une fois si fort qu’il avait éprouvé le besoin de se soulager dessus. La joie éprouvée sur le moment avait été vite éclipsée par la dure réalité. Les lettres s’étaient retrouvées collées les unes aux autres et s’étaient déchirées lorsqu’il avait essayé de les détacher. Des heures de découpage gâchées par un accès de désir solitaire…
Les jours passaient ; il imaginait le ventre de sa voisine devenir gigantesque. Il ne l’avait pas revue. Il s’inquiétait. Il ne voyait pas ce qu’il pouvait faire pour que cette situation cesse. Mais il était tellement omnubilé par sa voisine qu’il n’avait pas fait attention à ses mulots. L’un d’entre eux, qui avait toujours été le plus petit et toujours exclu par les trois autres était mort sans qu’il ne s’en rende compte. C’est en admirant une photo dans une de ses revues, assis en tailleur par terre, qu’il remarqua une tâche de sang d’un rouge vif sous la cage des rongeurs.
Effrayé, il regarda vite dans la cage avant de découvrir l’horreur ; le plus petit des mulots, hémophile, se vidait de son sang et ne réagissait plus aux caresses de son maître tandis que les trois autres commençaient de le lécher.
Martin était perdu; comment réagir face à ce drame ? Il adorait cette petite bête dont il s’occupait depuis plusieurs années. Le mulot continuait de se vider. Martin tenta de le recouvrir d’un essuie-tout humide. Maladroit, il enroula l’animal dedans. Le rythme cardiaque de ce dernier s’emballa ; effrayée et étouffé par le linge mouillé, la bête hémophile mourut d’une crise cardiaque. Martin tournait en rond en poussant des cris dans son studio avec son mulot dégoulinant de sang. Il transpirait, s’essuyait le front en s’étalant l’hémoglobine de l’animal sur sa peau. Que pouvait-il faire ? Etait-ce trop tard pour le sauver?
Il sortit en trombe de l’appartement en serrant toujours le corps inerte mais encore chaud du mulot dans sa main. Dévalant les escaliers, perdu, il ne put l’éviter ; il ne l’avait pas vue depuis plusieurs jours. Il ne put ralentir. Elle, essoufflée, par son état de femme enceinte, montait lentement les marches sans regarder au dessus d’elle. Martin arriva tellement vite qu’il la percuta violemment ; elle eut juste le temps d’apercevoir ses yeux de fou et son visage recouvert de sang ; elle fut horrifiée et s’effondra en arrière dans les escaliers. Martin, médusé par la violence de la scène ne sut quoi faire devant ce beau corps de future mère, évanouie par terre, sans connaissance. Un filet de sang lui sortait du crâne. Il choisit la fuite ; il déambula dans le quartier une bonne heure se décidant finalement à jeter son mulot dans une poubelle municipale en plastique jaune.
« Quelle triste fin » pensa t-il…Il se décida finalement à rentrer. Il n’y avait plus de corps en bas de l’escalier. Alertés par la voisine du deuxième étage, les pompiers et le SAMU étaient arrivés en trombe.
Choquée mais saine et sauve, la jolie voisine avait repris connaissance une fois à l’hôpital mais avait souffert d’affreuses douleurs au ventre.
Martin apprit cela par les policiers qui vinrent l’interroger dans son studio. Sa jolie voisine, après avoir perdu son bébé, avait décidé de porter plainte pour mise en danger de la personne et non assistance à personne en danger, contre son voisin taré qui l’effrayait depuis un moment.
Apprenant la nouvelle, Martin Mat le psychopathe ressentit une joie intense, ne se souciant nullement de son avenir. Malgré lui, il avait réussi à mettre fin à son cauchemar. Maintenant, il espérait juste que là où il serait, ses trois derniers mulots pourraient l’accompagner…
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